L’eau dans le jardin

Qu’elle miroite sans ride, sertie au creux d’un bassin comme un piège à reflets ou, plus encore qu’elle ruisselle en cascade ou s’élance en jet bruissant, l’eau est un élément d’animation irremplaçable dans le décor du jardin. Elle l’est non seulement par elle-même mais aussi par les poissons qui peuvent s’y ébattre et par la végétation très particulière qu’elle accueille en son sein ou qu’elle favorise à ses abords.

Les moyens de la mettre en œuvre sont multiples, et certains, de réalisation peu coûteuse, n’en sont pas moins pittoresques et spectaculaires.

Les bassins

Le bassin est le moyen le plus classique d’intégrer l’eau au décor du jardin et il n’est nullement nécessaire qu’il soit très grand pour produire un effet marquant s’il est convenablement situé. Sa meilleure place est généralement près de la terrasse de séjour ou du coin de repos, placé de telle sorte qu’il soit à la fois en vue de l’un et de l’autre.

Il sera toujours particulièrement mis en valeur s’il se trouve en contrebas d’un autre plan, au pied d’un muret ou d’une pente traitée en rocaille par exemple, ou encore en terrainabsolument plat, s’il s’adosse à une masse qui le surplombe. Cette dénivellation peut être partiellement obtenue en utilisant la terre extraite pour creuser l’emplacement du bassin.

Son dessin peut être très divers, mais doit être en accord avec le tracé du reste du jardin. Dans le style libre et naturel que nous avons préconisé, vous pouvez aussi bien lui donner des formes courbes (en « haricot » asymétrique par exemple) que le limiter par des lignes droites traçant un polygone irrégulier.

Sur le plan pratique, sachez toutefois que les secondes sont beaucoup plus faciles à construire lorsque le bassin est fait en béton coulé sur place, l’exécution de coffrages rectilignes étant plus aisée que celle de parois cintrées.

Construction en béton

Ce procédé de construction est en effet le plus courant mais, si vous optez pour lui, vous aurez généralement intérêt à en confier l’exécution à un entrepreneur. En effet, un bassin de 2,50 m de côté (soit 6,25 m 2) et 30 cm de profondeur, contiendra près de 2 m 3 d’eau, soit 2 tonnes sa construction doit donc être soignée (parois et fond armés). De plus, il faudra gâcher et couler de façon pratiquement simultanée également près de 2 m 3 de béton pour le construire. C’est peu de chose pour un spécialiste bien outillé mais assez difficile à exécuter « avec les moyens du bord ».

Terrassement

Cela dit, voici les indications nécessaires à cette construction pour un bassin de cette importance. Une hauteur d’eau de 25 à 30 cm est nécessaire pour cultiver des plantes aquatiques telles que les Nénuphars. Les parois doivent mesurer au minimum 10 cm d’épaisseur et le fond 20 cm.

Délimitez le périmètre intérieur du bassin et creusez le sol en vous tenant sur toutes faces 10 cm à l’extérieur de ce tracé. Creusez jusqu’à une profondeur égale à la hauteur d’eau prévue, augmentée de 25 cm.

Le fond doit être raclé à la pelle de façon à obtenir un sol parfaitement dur, pilonné au besoin pour l’affermir davantage. Ne jamais construire un bassin sur un terrain rapporté dont le tassement n’est pas complètement achevé. La paroi de la fouille, parfaitement découpée verticalement, tiendra lieu de coffrage extérieur.

Exécution du fond

Mettre en place la canalisation de vidange du bassin qui sera dirigée vers un égout ou un puisard. Si des plantes aquatiques sont prévues, ce qui est souhaitable, placer près d’un angle un bac de ciment ou un boisseau de cheminée de terre cuite de 30 cm de côté ou diamètre et au moins autant de hauteur en enterrant suffisamment sa base pour que sa partie supérieure affleure par la suite le niveau prévu pour le fond. Cette poche de plantation recevra ultérieurement la terre nécessaire à la mise en place des végétaux.

Étaler au fond 5 cm de gravier, mâchefer ou sable qui serviront de fondation d’assise puis une couche de 5 cm de béton maigre sur laquelle repose le ferraillage de l’armature. Achever le coulage du fond qui doit être fait en une seule fois, la surface supérieure de celui-ci présentant une pente de 2 cm par mètre vers l’orifice de vidange.

Achèvement

Afin de couler les parois verticales, placer le coffrage de façon qu’il soit partout distant de 10 cm des bords de la fouille.

Il y a intérêt à exécuter cette opération, qui consiste à remplir l’intervalle de béton, avant la « prise » du fond de façon à obtenir, à l’endroit du raccord, une liaison parfaite pour éviter ultérieurement les risques de rupture et de fuites.

Pour faciliter l’exécution d’un tracé en courbes, un mur de briques épousant celui-ci est parfois monté pour remplacer la paroi de béton. Cette technique procure une solidité moindre mais peut être valable si tout l’espace restant éventuellement vide entre l’extérieur de la paroi de briques et la fouille est soigneusement comblé de béton bien tassé.

Dans un cas comme dans l’autre, un enduit final de ciment hydrofuge appliqué sur l’intérieur assurera l’étanchéité totale du cuvelage.

Des peintures et des enduits spéciaux à base de caoutchouc, silicones, etc., peuvent également jouer ce rôle. Nous ne vous conseillons pas les revêtements intérieurs en carreaux d’émail dont l’aspect est trop artificiel.

Finition

Une margelle de dalles de pierre, tuiles, tuilots, etc., dissimulera la partie supérieure des parois verticales et les raccordera au gazon ou au niveau du dallage dans lequel le bassin est inclus.

L’arrivée d’eau peut déboucher sous ce chaperon mais elle peut aussi être assurée par l’intermédiaire d’une sculpture décorative de bon goût placée sur la margelle et « crachant » l’eau dans le bassin.

Bassins plastiques

Des bassins préfabriqués en matière plastique (polyester stratifié) sont proposés dans le commerce et ils offrent une solution économique et commode évitant tout travail de maçonnerie. Il est dommage que leurs producteurs les aient toujours jusqu’ici faits de matériaux de couleur agressive qui les rendent inaccordables avec un environnement végétal.

Pour leur pose : déblayez une fouille correspondant au volume du bassin et garnie au fond d’une couche de sable de 5 cm d’épaisseur, parfaitement plane. Après y avoir posé le bassin, comblez parfaitement tout espace subsistant entre ce dernier et les bords de l’excavation avec du sable bien tassé.

II est parfois préconisé de réaliser de petits bassins en creusant à leur emplacement une cuvette correspondant à leur dessin puis en doublant cette dernière d’un film de polyéthylène destiné à assurer l’étanchéité. C’est une formule séduisante par son caractère économique mais souvent décevante à l’usage. La matière plastique, dont la résistance mécanique diminue avec le temps, est en effet fréquemment percée au contact du moindre silex sous l’influence de la pression de l’eau.